T.VII* - PHÉNOMÈNES DE TRANSPORT
Systèmes hors d'équilibre
• Soumis à des actions extérieures, un système peut être hors
d'équilibre ; or, un certain nombre de grandeurs physiques sont des
moyennes, “débarrassées” des fluctuations aléatoires liées à
l'agitation thermique.
Pour un déséquilibre violent, certaines grandeurs peuvent ne plus
être définies. On se limite ici aux déséquilibres modérés, tels que
les grandeurs conservent une signification “locale” ; par exemple,
on suppose qu'on peut tout de même définir une température en chaque
point.
Conduction électrique : loi d'Ohm
• Un “déséquilibre” du potentiel électrique cause un
courant électrique qu'on peut décrire par un vecteur “densité de
courant” :
, somme des contributions des différents types
de
particules chargées.
Pour un déséquilibre modéré, le courant est proportionnel à l'effet
qui le provoque :
(loi
d'Ohm locale) ; le coefficient
est nommé
“conductivité”.
• Le courant total dans une portion de conducteur peut s'écrire
:
, ce qui aboutit à une relation analogue :
(loi d'Ohm globale).
• Pour toute région de l'espace, la conservation de la charge
électrique s'exprime par ailleurs avec le courant sortant :
. En particulier en régime permanent :
(au total algébrique).
• Ces propriétés ne sont pas exclusivement spécifiques au courant
électrique : on peut définir d'autres “courants” pour décrire des
phénomènes similaires correspondant à d'autres déséquilibres.
Diffusion de particules
Courant de particules ; loi de Fick
• On considère un milieu contenant une ou plusieurs sortes de
particules, plus ou moins mobiles (solution, mélange de gaz...).
Lorsqu'il existe un déséquilibre de concentration, ou de densité
volumique
, pour l'un
des types de particules, il apparaît un courant de particules de ce
type, tendant à rétablir l'équilibre : on dit qu'il y a “diffusion”
des particules.
◊ remarque : la densité volumique
(unité de
base :
) doit ne pas être confondue avec un nombre de moles de
constituants.
◊ remarque : il ne s'agit pas d'un déséquilibre de la densité
volumique totale, qui correspondrait à un déséquilibre de pression
et à un courant “global” ; dans un gaz, par exemple, il s'agit d'un
déséquilibre de pression partielle sans déséquilibre de la pression
totale.
• On peut définir un vecteur “densité de courant
de particules” :
(pour le type de particules considéré).
Pour un déséquilibre modéré :
(loi de Fick locale) où le coefficient de proportionnalité
est nommé
“coefficient de diffusion”.
On peut définir globalement un “flux de particules” ou “courant de
particules” à travers une surface
:
.
• On mesure par exemple pour la diffusion des isotopes dans un
mélange gazeux (dans les conditions usuelles) :
pour
dans
:
;
pour
dans
:
.
De même par exemple pour la diffusion des solutés dans l'eau :
pour
(
) :
;
pour le saccharose :
.
◊ remarque : ces coefficients dépendent de la température ; ils
dépendent aussi de la pression dans le cas des gaz.
◊ remarque : la diffusion existe aussi dans les solides
(cristallisés ou non) mais elle est extrêmement lente ; dans un
cristal métallique en cours d'oxydation, par exemple, il y a
diffusion des ions oxyde à partir de la surface au contact de l'air
; le cas des parois poreuses est aussi analogue.
Conservation des particules ; équation de la diffusion
• Pour un système dans lequel il n'y a ni
formation, ni disparition de particules, la conservation peut
s'exprimer globalement en considérant le nombre
de particules dans un volume donné :
.
Dans le cas d'un système ne dépendant que d'une coordonnée
cartésienne
avec
, la densité de courant peut s'écrire :
; la conservation des particules peut alors s'exprimer
localement :
.
• En combinant avec la loi de Fick locale, dans le cas (fréquent)
où
est
uniforme, on peut aussi écrire :
(équation de la diffusion).
◊ remarque : s'il y a création (ou disparition) de particules, il
faut ajouter un terme de création (algébrique) :
.
Exemples d'application
Fuite à travers un tuyau poreux
• Soit une situation où une action extérieure entretient un
déséquilibre de
stationnaire entre deux limites
et
; la
densité de courant est de la forme :
.
Mais puisque
, on obtient de plus :
et
; le courant uniforme est :
.
• En intégrant sur la section
à travers
laquelle circule le courant de particules on obtient :
où le coefficient
(avec
) est nommé “conductance particulaire” (loi de Fick globale).
• Soit un tube de longueur
, de rayon
et
d'épaisseur
,
utilisé pour transporter du gaz méthane à une pression voisine de la
pression extérieure. Si le tube est légèrement poreux, en négligeant
la concentration du méthane à l'extérieur (
), à
travers la surface
le courant de fuite est :
avec
.
En notant
la masse
d'une molécule
et
la masse
molaire, on en déduit le débit massique de fuite :
.
◊ remarque : il y a aussi un peu d'air extérieur qui diffuse à
l'intérieur du tube ; par ailleurs, la fuite est semblable mais plus
importante s'il y a une surpression intérieure (le problème est de
nature différente avec un déséquilibre de pression globale).
Étalement d'un soluté dans une solution
• On considère
molécules
d'un soluté introduites dans une solution à l'instant
dans
le plan
(le
problème ne dépend ainsi que de la coordonnée
). Le régime
est alors non stationnaire : soluté s'étale par diffusion.
On peut vérifier (la recherche directe n'est pas simple) que la
solution s'exprime sous la forme :
.
◊ remarque : dans l'approximation où
molécules
sont initialement dans un intervalle de largeur “nulle”, la densité
volumique est alors “infinie” en
.
L'évolution en fonction du temps correspond au graphique suivant
(avec des échelles arbitraires).
Calcul cinétique du coefficient d'auto-diffusion
• On considère la diffusion, dans un gaz, de molécules semblables
ayant pratiquement les mêmes propriétés (par exemple marquées par un
isotope radioactif). On suppose que la densité volumique
ne dépend
que de .
• Pour trouver l'ordre de grandeur du flux de particules
traversant
, on peut
considérer que les particules qui traversent vers la droite
proviennent en moyenne de
, où
est le libre parcours moyen selon l'axe
.
Leur densité volumique “moyenne” est
puisque les autres vont dans l'autre sens. Or l'isotropie
implique
donc leur vitesse est
et de même
.
Le courant de particules est donc :
.
Ceci conduit au coefficient de diffusion :
; un calcul complet donne le même résultat avec un
coefficient un peu différent, dépendant de la forme des molécules.
• Pour un gaz parfait :
et
avec
et où
est la
“section efficace” de collision (“surface moyenne” apparente des
particules en projection sur le plan perpendiculaire à la direction
de collision) ; ainsi :
.
La dépendance en
est bien vérifiée (loi de Graham), ainsi que la dépendance en
. Par contre, la dépendance en
, plus
sensible aux interactions entre molécules, n'est qu'approximative
pour les gaz réels (on trouve par exemple un exposant
pour la diffusion de
dans
.
☞ remarque : ceci montre que
n'est
généralement pas uniforme, bien que cette simplification soit
souvent utilisée en première approximation.
📖 exercices n° I, II et III.
Conduction de la chaleur
Courant d'énergie thermique ; loi de Fourier
• On considère un système en déséquilibre thermique modéré, dans
lequel on peut définir localement une température
correspondant
à une distribution de Maxwell (quasi-équilibre thermique local).
• Pour un déséquilibre modéré, on peut définir
un vecteur “densité de courant de chaleur” :
(loi de Fourier locale) où le coefficient de
proportionnalité
est nommé
“conductivité thermique”.
On peut définir globalement un “flux thermique” ou “courant de
chaleur” à travers une surface
:
.
☞ remarque : ce type de courant n'est pas un effet de convection
(s'il y en a un, il faut ajouter d'autres termes pour le décrire) ;
il ne peut pas être défini à partir de la vitesse moyenne de
déplacement des particules, car
dans ce cas ; c'est ici uniquement de l'énergie d'agitation
thermique des particules qui est transférée de proche en proche.
• On mesure par exemple pour des gaz (dans les conditions usuelles)
:
;
.
De même pour l'eau liquide et divers solides :
;
;
;
.
◊ remarque : ces coefficients dépendent de la température (ils
dépendent peu de la pression) ; les métaux, bon conducteurs
électriques, sont aussi bons conducteurs thermiques.
Conservation de l'énergie ; “équation de la chaleur”
• Pour un système dans lequel il y a uniquement
transfert thermique, la conservation de l'énergie peut s'exprimer
globalement pour l'énergie interne dans un
volume fixé
:
.
Dans un cas dépendant d'une seule coordonnée
, la
densité de courant s'écrit :
; avec l'énergie interne volumique
et la
masse volumique
, la
conservation de l'énergie peut aussi s'exprimer localement :
.
• En combinant avec la loi de Fourier locale, dans le cas
(fréquent) où
est
uniforme, on peut aussi écrire :
(équation de la chaleur).
◊ remarque : on obtient de même à pression constante :
.
◊ remarque : s'il y a en plus transfert d'énergie sous forme de
travail, il faut ajouter un terme :
.
Exemples d'applications
Fuite à travers une vitre
• Soit une situation où une action extérieure entretient un
déséquilibre de
stationnaire entre deux limites
et
(sans
travail dans cette zone) ; la densité de courant est de la forme
:
.
Mais puisque
on obtient de plus :
et
; le courant est uniforme :
et la température varie de façon affine.
• En intégrant sur la section
à travers
laquelle circule le courant de chaleur :
où le coefficient
(avec
) peut être nommé “conductance thermique” (loi de Fourier
globale).
• Ainsi, à travers une vitre de surface
et d'épaisseur
, pour
et
, le débit des fuites de chaleur est :
(très
mauvaise isolation).
• Pour un double vitrage, séparé par une épaisseur d'air
avec
, on obtient une continuité du courant :
.
Ainsi les résistances thermiques s'ajoutent en série :
;
(très bonne isolation).
◊ remarque : on obtient aussi entre autres (de façon analogue au
pont diviseur de tension en électrocinétique)
.
Chauffage sinusoïdal
• Considérons le régime sinusoïdal permanent
obtenu par chauffage dans le plan
selon
la loi :
.
On peut montrer que le régime permanent (après un régime
transitoire) peut s'écrire :
avec
.
Ce type d'expression décrit la propagation d'une onde thermique
(très) amortie. Dans le cas du chauffage de la surface de la Terre
par le rayonnement solaire, la première opposition de phase se
produit à
de profondeur pour les variations journalières et à
de
profondeur pour les variations annuelles. Ceci est représenté par le
graphique suivant.
Exemple de calcul cinétique
• On suppose que la température ne dépend que de
. Pour
trouver l'ordre de grandeur du flux thermique traversant
on peut
considérer que les particules qui traversent vers la droite
proviennent en moyenne de
, où
est le libre parcours moyen selon l'axe
.
Leur température est
ce qui
correspond à une densité volumique d'énergie interne :
.
Par ailleurs l'isotropie implique
donc leur vitesse est
et de même
.
Le courant de particules est donc (puisque la moitié seulement des
particules se déplace dans le bon sens) :
.
Ceci conduit à la conductivité thermique :
; un calcul complet donne le même résultat avec un
coefficient un peu différent, dépendant de la forme des molécules.
• Pour un gaz parfait :
et
avec
et où
est la
“section efficace” de collision ; ainsi :
.
La dépendance en
est bien vérifiée, ainsi que l'indépendance par rapport à
(à faible
concentration il y a moins de molécules, mais elles se déplacent
plus en moyenne).
Par contre, la dépendance en
, plus
sensible aux interactions entre molécules, n'est qu'approximative
pour les gaz réels (on trouve un exposant
à
;
par exemple
pour
dans les conditions usuelles.
☞ remarque : ceci montre que
n'est
généralement pas uniforme, bien que cette simplification soit
souvent utilisée (en première approximation).
📖 exercices n° IV, V, VI, VII et VIII.