T.III - THERMOCHIMIE
Enthalpie de réaction (ou de changement d'état)
Variation de l'enthalpie lors d'une transformation
• Les réactions chimiques et physiques (changements d'état) sont
associées à des variations d'énergie interne et à des variations
d'enthalpie.
Ainsi pour une réaction écrite sous la forme
générale :
aux variations d'enthalpie dues à
,
et
(non
indépendantes) vient s'ajouter une variation d'enthalpie due à
l'avancement de réaction
; ainsi
à
pression constante :
.
On appelle “enthalpie de réaction” (ou “enthalpie de changement
d'état”) la quantité (molaire) notée
(ou
).
☞ remarque : la notation
n'est
pas une variation d'enthalpie
; le symbole
représente
une “différence molaire” entre les deux membres du bilan, donc une
dérivée par rapport à l'avancement :
.
◊ remarque : les expressions anciennes “chaleur de réaction” et
“chaleur latente” de changement d’état (à éviter ! ) viennent du
fait que, dans un certain nombre de cas particuliers usuels,
le système qui subit une réaction exothermique “s’échauffe”
(c'est-à-dire que sa température augmente), puis cède de la chaleur
au milieu extérieur (moins “chaud”, c'est-à-dire à moins haute
température).
Grandeurs molaires partielles
• Soit
une grandeur
extensive quelconque, définie pour un mélange
noté
, on définit la grandeur molaire partielle par :
.
Avec ces notations :
et
.
◊ remarque : lors de l'utilisation de ces relations, il faut
toutefois savoir que
dans le mélange peut différer (légèrement) de
correspondant à la même espèce à l'état pur (par exemple le volume
molaire dans un mélange eau/alcool :
d'eau et
d'alcool donnent
de mélange) ; s'il n'y a pas de différence, on dit que le mélange
est “idéal”.
Variations de l'énergie interne lors d'une transformation
• De même, on appelle “énergie de réaction” (ou
de changement d'état) la quantité
telle que
pour
constant
:
.
En pratique :
.
Cette description, pratique à volume constant, est peu utilisée car
les réactions sont généralement effectuées à pression constante ; en
outre, pour un mélange, la comparaison des grandeurs partielles avec
leurs équivalents à l'état pur est gênée par le fait que le volume
est extensif : on n'impose pas un volume partiel constant en
imposant un volume total constant.
• La différence entre
et
est
généralement négligeable pour les solides et les liquides ; de
plus, elle est même souvent négligeable pour les gaz.
Par exemple, pour la réaction :
à
, la différence :
est négligeable en proportion de
.
Exemple de calcul avec réaction
• Dans un calorimètre adiabatique, de capacité thermique
négligeable, on place
d'eau à
et
de glace à
.
Connaissant la capacité thermique massique de l'eau :
(
)
et celle de la glace :
, ainsi que l’enthalpie massique de fusion de la glace :
, on peut calculer la température d'équilibre et les quantités de
glace et d'eau correspondantes.
• L'expérience est réalisée à pression constante (pression
atmosphérique) ; les bilans thermiques s'expriment plus simplement
avec l'enthalpie. On néglige par ailleurs les variations d'énergie
mécanique.
• Le plus simple est de raisonner “par hypothèses globales” et de
vérifier la cohérence en fin de calcul (il s'agit d'un problème à
solution unique).
Par “symétrie” de la situation (eau chaude et glaçon froid) et
puisque le changement d'état s'effectue à
, on peut penser que l'eau se refroidit à
et que la glace se réchauffe à
puis que l'équilibre s'établit à cette température entre la quantité
d'eau (liquide) et la quantité de glace.
Si on considère le système {eau + glace} comme isolé (en négligeant
le calorimètre), on peut alors écrire en ajoutant les différentes
contributions :
avec
température d'équilibre et
masse
de glace qui fond.
Bien que semblant tout à fait un cas particulier, l'hypothèse
utilisée permet d'obtenir un résultat assez général :
- si on obtient
c'est que l'hypothèse est correcte ;
- si on obtient
c'est qu'il y a au contraire une masse
d'eau qui gèle ;
- si on obtient
c'est qu'il faut refaire le calcul car toute la glace fond
et l'équilibre s'établit au dessus de
;
- si on obtient
c'est qu'il faut refaire le calcul car toute l'eau gèle et
l'équilibre s'établit au dessous de
.
On obtient en fait :
; ceci est en accord avec l'hypothèse utilisée.
📖 exercices n° I, II, III et IV.
Influence de la température
• Partant de
on peut utiliser un
“cycle” pour calculer à une autre température, en considérant
de l'état “initial” (tout ce qui est initialement présent)
et
de l'état “final” :
.
Dans la partie associée à la différence de température
ce qui ne
réagit pas se simplifie :
.
En posant :
on obtient donc :
;
de même :
(lois de
Kirchhoff).
• En pratique, les variations en fonction de
sont souvent
négligeables. Par exemple, pour la réaction :
on peut utiliser des paramétrisations de la forme :
avec respectivement :
| espèce |
(
) |
(
) |
(
) |
|
26,9 |
7,00 |
-0,820 |
|
29,1 |
-0,837 |
2,01 |
|
26,0 |
43,5 |
-14,8 |
Pour
et
on obtient ainsi une différence
;
très faible en comparaison de
.
Enthalpie de référence et enthalpie de formation
• On appelle “état standard” d'une espèce
chimique à la température
(ou "état
de référence"), l'état dans lequel cette espèce est la plus stable
à cette température et sous la pression de référence (
).
◊ remarque : la pression de référence était autrefois
(“pression normale”) et de nombreuses données y font encore
référence ; les décalages sont toutefois négligeables dans les
calculs usuels.
◊ remarque : il y a un état de référence pour chaque température et
non pas seulement à la température “normale”
(ancienne référence toujours en usage car facile à repérer
avec la glace fondante).
• On appelle “enthalpie standard de réaction”
à la
température
l'enthalpie
de réaction sous la pression de référence
, en considérant les réactifs et les produits dans leur état
standard (purs, donc séparés).
◊ remarque : l'enthalpie de réaction “usuelle” inclut en plus (outre
un éventuel changement de pression) le mélange des réactifs et la
séparation des produits, mais ceci est généralement négligeable.
• On appelle “enthalpie standard de formation”
d'une
espèce chimique à la température
l'enthalpie
standard de la réaction de formation de cette espèce à partir des
corps simples constitutifs dans leur état standard.
Par exemple aux températures usuelles
correspond à
pour la
réaction :
.
On établit ainsi des tables des
permettant de calculer toutes les
:
l'enthalpie standard d'une réaction est égale à la différence
entre la somme des enthalpies standard de formation des produits
et la somme des enthalpies standard de formation des réactifs (loi
de Hess).
• On peut définir de même des énergies standard
et énergies de formation en raisonnant à volume constant, mais
cela est très peu utilisé (avec les approximations usuelles, on
néglige la différence entre
et
).
Relation avec les énergies de liaison
• On appelle “énergie de liaison” entre deux parties d'une molécule
l'énergie qu'il faut fournir pour rompre la liaison sans
modifier la structure des deux parties (contrairement à
“l'énergie de la réaction de dissociation”).
Ainsi, les quatre dissociations successives de
sont accompagnées de réarrangements stériques et correspondent à des
énergies différentes :
(
) ;
(
) ;
(
) ;
(
) ;
alors que (compte tenu de la symétrie) l'énergie de liaison
correspond à :
;
.
◊ remarque : l'énergie de liaison correspond à un
“chimique”, auquel s'ajoute un effet “physique” : si on casse par
exemple des molécules diatomiques, l'énergie cinétique microscopique
(translation et rotation) se répartit sur 6 “degrés de liberté” ( 3
par atome) au lieu de 5 par molécule ; cet effet, de l'ordre
de
(par mole), est toutefois généralement négligeable.
• Par exemple, la réaction :
peut
être considérée comme combinaison des réactions de formation (aux
températures usuelles) :
(sublimation) ;
;
;
;
;
.
D’après les approximations indiquées (
et
) :
;
.
• Il faut par contre se méfier des cas où le résultat est très
inférieur aux quantités intermédiaires du calcul. Ainsi, la réaction
:
peut être considérée comme combinaison des réactions de
formation (à
) :
;
;
;
.
Compte tenu des approximations indiquées, on écrirait alors :
;
alors qu’en réalité :
.
📖 exercices n° V, VI, VII, VIII, IX, X et XI.