A.M. III - INCERTITUDES DE MESURE
Types d’incertitudes
• L’incertitude sur une mesure
peut être
exprimée par :
- l’incertitude absolue
(dont l’unité est compatible avec
) ;
- l’incertitude relative
(proportion, sans unité).
◊ remarque : pour éviter les ambiguïtés avec les variations et/ou
différences notées
,
certains notent plutôt
pour
l'incertitude (uncertainty).
• L’incertitude de mesure peut être :
⬫ systématique : pour une série
de mesures avec un même appareil déréglé, toutes les mesures sont
décalées de façon analogue ;
⬫ aléatoire : pour une série de
mesures d’une même quantité avec des appareils différents, déréglés
de façon aléatoire, alors la série des résultats a des
“fluctuations” aléatoires autour d’une valeur moyenne non décalée.
• Les incertitudes systématiques (parfois nommées “erreurs”) ne
peuvent être réduites qu’en comprenant leur origine et en les
corrigeant (par modification des appareils ou par calcul).
Les incertitudes aléatoires peuvent être réduites par des méthodes
statistiques : en calculant la moyenne sur un grand nombre de
mesures.
Répartition statistique
• Pour une série de
mesures d’une même longueur
à l’aide de
règles
graduées de précision médiocre (
), on
trace l’histogramme du nombre
de fois où la mesure a donné le résultat
.
• Pour une grandeur
dont la
mesure n’a que des incertitudes aléatoires, la probabilité
de trouver une valeur
en mesurant
suit
souvent la loi de Gauss :
où la constante
est telle que
, ce qui correspond à :
.
On obtient une répartition “en cloche”, centrée en une valeur proche
de
.
La “demi-largeur à mi-hauteur” est de l'ordre de “l’écart-type”
et
correspondant à l’ordre de grandeur de la précision des mesures.
◊ remarque : une incertitude
est superposée à chaque point de l’histogramme pour visualiser
l’effet des fluctuations statistiques ; on voit ainsi que la “courbe
de Gauss” est comparable à l’histogramme.
• Pour
assez
grand (
est
très grand pour l’étude d’une longueur), la valeur moyenne :
est une bonne approximation de
(l’écart
constaté est compatible avec l’incertitude).
• Les calculatrices permettent généralement le calcul de l'écart
type, ou de la “variance” :
; on obtient ainsi :
.
L’incertitude statistique sur la moyenne est alors estimée
par :
.
☞ remarque : l’incertitude ne tend pas vers zéro pour un nombre
infini de mesures, car il subsiste généralement des incertitudes
systématiques.
• L’incertitude statistique n'est pas une limite
infranchissable mais simplement “assez probable” ; ainsi pour une
loi de répartition gaussienne :
⬫ probabilité
d’obtenir un écart
;
⬫ probabilité
d’avoir
;
⬫ probabilité
de trouver
...
◊ remarque : ceci suppose que l'écart type est connu par étude
statistique d'au moins vingt mesures ; s'il est seulement estimé
d'après de petits échantillons, la répartition suit plutôt la loi de
Student.
◊ remarque : si pour des raisons de marges de sécurité (souvent
invoquées dans l'industrie), on utilise un “intervalle de confiance”
décrit par une incertitude doublée (à
; probabilité
),
il faut bien l'indiquer pour “propager” correctement son
effet sur les calculs utilisant la mesure concernée ; on pourrait
d'ailleurs proposer d'utiliser dans ce cas un symbole différent, par
exemple
.
Estimations des incertitudes par les fabricants d'appareils de
mesure
• Les notices des instruments de mesure doivent normalement indiquer
une estimation des incertitudes de mesures (d'après des statistiques
effectuées par le fabricant).
Elles sont généralement présentées sous la forme d'un pourcentage
plus une constante. Par exemple : “
” signifie qu'une mesure de tension
correspond à
.
“Propagation” des incertitudes
• Dans le cas d’une grandeur définie par
, l’incertitude
peut être
estimée par :
; toutefois, cette façon de calculer est parfois trop
pessimiste (incertitude surestimée).
• Si les incertitudes sont essentiellement aléatoires, elles sont
estimées par :
afin de prendre en compte les corrélations éventuelles entre
et
.
Un estimateur de la covariance est
; le coefficient de corrélation est tel que
.
Quand on ignore s'il y a des corrélations, on peut faire comme s'il
n'y en avait pas, mais cela conduit dans quelques cas à des
résultats déraisonnables.
• Ainsi par exemple pour un produit
de deux variables indépendantes, on combine les
incertitudes relatives :
.
Par contre pour
;
; la relation simplifiée donne :
alors que le résultat corrélé est
(ce qui correspond d'ailleurs dans ce cas à l'approximation
pessimiste).
exercices n° I, II et III.
Estimations empiriques des incertitudes
• Lors de l'exploitation des données expérimentales, on est souvent
amené à ajuster un modèle théorique pour représenter un ensemble de
mesures. Il est alors généralement plus simple, quand c'est
possible, de se ramener à des notations telles que le modèle soit
affine.
Bien que des méthodes statistiques rigoureuses existent pour estimer
les incertitudes sur les coefficients du modèle à partir de
l'ensemble des données, une estimation empirique rapide est très
souvent suffisante à ce niveau.
• Ainsi, pour une série de mesures représentées par une droite, on
commence par vérifier que cette représentation est acceptable
(compte tenu des incertitudes sur les points) :
L'incertitude sur la pente (
) peut être estimée d'après les incertitudes sur les points,
divisées par le facteur statistique lié au nombre de points
: .
◊ remarque : un logiciel spécialisé calcule plus précisément
.
◊ remarque : si on ajuste le modèle
, on constate ici la corrélation positive entre les paramètres
et
: pour que la
droite passe “au mieux” par l'ensemble des points, une surestimation
de
est associée
à une surestimation de
(et
inversement).
◊ remarque : si ce type de démarche est appliquée de façon
raisonnée, on peut vérifier que l'ajustement du modèle
donne le même résultat pour les paramètres
et
.
• Il existe des circonstances où les fluctuations de part et d'autre
du modèle ne sont que très médiocrement compatibles avec
l'estimation des incertitudes.
Si, après vérification de l'absence de biais évident, on juge que le
modèle est tout de même acceptable mais que les incertitudes ont été
sous-estimées, on peut proposer de les multiplier par un “facteur
d'échelle” tel que la compatibilité soit plausible.
Pour cet exemple, un facteur d'échelle de l'ordre de semble
raisonnable ; on obtient ainsi
.
◊ remarque : ceci est sans rapport avec “l'intervalle de
confiance” décrit par des incertitudes doublées.