RG VII - MÉTRIQUE DE LEMAÎTRE
Singularité de Schwarzschild
• Avec la variable radiale
“classique”,
les composantes temporelle et radiale de la métrique de
Schwarzschild comportent une singularité apparente :
;
;
;
.
Les coordonnées “isotropes” proposent un point de vue différent sur
ce problème, mais d'autres sont intéressantes, parmi lesquelles
celles de Lemaître.
☞ remarque : contrairement à ce que suggère la métrique isotrope, on
suppose ici que
a une
variation monotone (
au delà de l'horizon) ; la singularité est ici supposée due
aux contractions de longueurs et dilatations de durées, à cause d'un
repérage statique inadapté.
Transformation de Lemaître
Notations de base
• À l'approche de la singularité (“horizon”), la vitesse des
particules en chute libre tend forcément vers
; leur
immobilité devient impossible. Ceci semble pouvoir s'interpréter en
supposant que l'espace est en mouvement centripète par rapport au
repérage de Schwarzschild.
Pour étudier ce que subit une particule en chute libre, Lemaître
envisage de considérer un repérage comobile, par rapport auquel
cette particule est fixe. Une “simple” transformation de Lorentz
locale n'est pas forcément facile à intégrer ; on peut chercher une
transformation jouant un rôle analogue.
• En limitant à la partie radiale (pour simplifier) :
.
On peut alors chercher avec les combinaisons :
;
.
Pour
, ce repérage est en mouvement centripète par rapport au
précédent, puisque
correspond à :
. On peut préciser que la vitesse d'entraînement est :
.
◊ remarque : on raisonne ici avec
et
dans l'intention de savoir s'il est possible d'extrapoler dans
la zone
.
• Ceci donne :
;
; les
termes croisés dans
s'éliminent si et seulement si :
. Ceci correspond à :
; la transformation de Lemaître est analogue à une
transformation de Lorentz.
On obtient ainsi :
.
Finalement :
. La singularité est donc éliminée avec
:
.
◊ remarque : la métrique obtenue
a une forme telle que le temps
est souvent
nommé “temps propre” ; ce n'est toutefois le temps propre
que
pour les particules immobiles (
,
,
).
• La simplification semble n'intervenir que pour une vitesse
d'entraînement particulière, correspondant à une chute libre avec
vitesse “initiale” (limite) nulle à l'infini. Lemaître cherchait un
repérage comobile, mais dans ce référentiel particulier toutes les
particules (et non seulement celles en comouvement) peuvent
traverser l'horizon sans subir de singularité.
Cela signifie-il que l'espace physique est en contraction à cette
vitesse particulière (comme l'éther des anciennes théories) ? Il
faudrait étudier les référentiels comobiles pour les particules
ayant d'autres vitesses.
📖 exercices n° I, II et III.
Expressions des coordonnées
• Avec le signe positif (
)
on obtient :
; l'intégration donne :
.
Ceci correspond à :
, avec
.
◊ remarque : on peut choisir deux constantes d'intégration
arbitraires associées à l'origine de
et ; Lemaître
les choisit nulles.
• Ainsi la métrique complète peut s'écrire :
.
Elle présente une singularité spatiale pour
, donc
; inversement
donne
ne correspondant à aucune singularité.
• On obtient par ailleurs :
; l'intégration donne :
.
◊ remarque : cela donne aussi :
.
◊ remarque : l'extrapolation est possible pour
;
;
et
(simplification “heureuse” ?) ; mais on retrouve
(comme pour le calcul en coordonnées “classiques”) qu'en toute
rigueur
a
une composante imaginaire
,
généralement ignorée ; inversement, ceci semble indiquer que
et
n'en ont pas).
📖 exercices n° IV et V.
Représentations graphiques
• En prenant
comme
unité, on peut écrire :
; les courbes correspondant à
sont des droites.
On obtient la représentation suivante (ici pour
) ; la partie à gauche de la diagonale n'a pas de
signification physique.
• On peut aussi écrire :
et
; ceci définit paramétriquement (en fonction de
) les courbes
correspondant à
(ci-après pour
).
Ces courbes sont constituées de deux branches (vaguement
hyperboliques) :
- quand
(en rouge) on constate que, pour
fixé,
est une fonction croissante de
;
- quand
(en bleu) la particularité est que, pour
fixé,
est une fonction décroissante de
.
◊ remarque : la propriété que la coordonnée
décroît pour la partie des trajectoires avec
se retrouve de même avec les notations “classiques” (ou avec
celles de Kruskal-Szekeres, étudiées dans une partie ultérieure).
• Il est important de noter que les parties en bleu, pour
, correspondent à
donc à une vitesse d'entraînement de norme
.
Une interprétation usuelle en est que la métrique statique de
Schwarzschild ne serait plus valable dans cette région, car l'espace
y serait en “contraction” supraluminique (d'où la présence d'une
singularité “apparente” à la limite).
📖 exercice n° VI.
Chute libre radiale d'une particule
• Pour étudier la chute libre radiale d'une particule, la métrique
de Lemaître
a l'avantage
d'être “synchrone” : les droites
(lignes de temps) sont des géodésiques.
On peut le vérifier avec le lagrangien
donnant les équations du mouvement :
;
.
Ainsi
initialement impose
donc
,
puis
.
Par ailleurs (d'après
)
:
;
ainsi
(ou encore
).
Finalement, dans la mesure où
est
une fonction croissante de
dans la région
, on peut considérer
.
• Pour un point chutant ainsi, le graphique ci-après
(représentant
)
montre comment
décroit
jusqu'à la limite
(pendant que
tend vers
l'infini) ; puis comment
continue à
décroitre jusqu'à
(alors que
décroît
depuis l'infini).
• La représentation dans le plan
peut être précisée en
traçant les trajectoires de paires de photons, émises respectivement
vers
décroissant
et vers
croissant,
depuis quelques positions intermédiaires de la particule en chute.
En prenant
comme
unité, la relation
impose
avec par ailleurs
ceci correspond à :
.
L'intégration donne :
. Compte tenu de
, cela permet une représentation paramétrique des
trajectoires.
◊ remarque : ceci pose problème pour les photons “sortants”, car
devrait s'ajouter à
(puis
à
) une
composante imaginaire
.
• Ceci visualise les “cônes de lumière”, montrant que pour
(région
) les droites représentant
sont intérieures aux cônes, donc font partie des
“trajectoires” a priori possibles (les trajectoires avec
ne
sont pas les seules ; tout dépend des conditions initiales).
Au contraire pour
(région
)
de telles trajectoires apparaissent impossibles, la chute vers
étant
inévitable (et elle se fait en un temps propre fini dans la mesure
où
).
◊ remarque : la durée propre finie de cette chute est parfois
considérée comme une preuve de l'existence des trous noirs ; c'est
en fait une condition nécessaire, mais non forcément suffisante.
◊ remarque : dans ce dernier cas, les trajectoires peuvent partir
avec
croissant,
mais pas assez vite pour que cela corresponde à
croissant.
📖 exercice n° VII.
Anomalie fondamentale de la singularité centrale
• Avec le repérage de Schwarzschild, on a constaté une propriété
étrange de la singularité centrale ; pour
ce
point semble immobile au delà de l'horizon, ce qui fait qu'il ne
peut pas être doté de propriétés physiques.
Or, après effondrement d'un astre en trou noir, toute la matière est
annihilée et cette singularité devrait être l'unique source du champ
gravitationnel. Seule une possible inadaptation des coordonnées
semblait alors expliquer cette anomalie.
• Il est donc important de reprendre le raisonnement avec le
repérage de Lemaître.
La propriété
correspond à
et la vitesse de la singularité (par rapport aux particules en
comouvement) est alors :
. Pour un point atteint au bout d'une durée propre finie, cela
rend la théorie tout à fait contradictoire.
◊ remarque : il en est de même, symétriquement, pour le repérage en
expansion étudié dans la suite.
Espace en expansion
Notations de base
• Il est à noter qu'en partant de la même métrique de Schwarzschild,
mais avec une vitesse d'expansion (
où
;
et
négatifs), on
aboutit à une métrique de la forme de Lemaître (où seul
apparaît).
Afin de conserver un même sens pour les axes de
et
,
avec
,
il faut alors toutefois utiliser des combinaisons de la forme :
;
.
Expressions des coordonnées
• Pour
, l'intégration
donne :
.
Ceci correspond ici encore à :
, mais dans l'expression de la métrique
,
bien que cela corresponde à la même valeur de
.
• On obtient par ailleurs :
; l'intégration donne :
.
◊ remarque : cela donne aussi :
, ici encore avec une composante imaginaire
,
généralement ignorée.
Représentations graphiques
• En prenant
comme
unité, on peut écrire :
; les courbes correspondant à
sont des droites.
On obtient la représentation suivante (ici pour
) ; la partie à gauche de la diagonale n'a pas de
signification physique.
• On peut aussi écrire :
et
; ceci définit paramétriquement (en fonction de
) les courbes
correspondant à
(ci-après pour
).
Ces courbes sont constituées de deux branches (vaguement
hyperboliques) :
- quand
(en rouge) on constate que, pour
fixé,
est une fonction croissante de
;
- quand
(en bleu) la particularité est que, pour
fixé,
est une fonction décroissante de
.
• Il est important de noter que les parties en bleu, pour
, correspondent à
donc à une vitesse d'entraînement de norme
. L'interprétation peut en être que la métrique statique de
Schwarzschild ne serait plus valable dans cette région, car l'espace
y serait en “expansion” supraluminique (d'où la présence d'une
singularité “apparente” à la limite).
📖 exercice n° VIII.
“Ascension libre” radiale d'une particule
• Lors de “l'ascension libre” radiale d'une particule, la métrique
de Lemaître étant “synchrone”, les droites
(lignes de temps) sont des géodésiques. Ces trajectoires sont
parcourues dans le sens de
croissant.
• La représentation dans le plan
peut être précisée en
traçant les trajectoires de paires de photons, émises respectivement
vers
décroissant
et vers
croissant,
depuis quelques positions intermédiaires de la particule en
ascension.
En prenant
comme
unité, la relation
avec
donne ici :
.
L'intégration donne :
.
Avec
, cela permet une représentation paramétrique des
trajectoires.
◊ remarque : ici de même, pour les photons “entrants”, devrait
s'ajouter à
(puis à
) une
composante imaginaire
.
• Les trajectoires avec
peuvent “sortir” de la zone
, celles avec
croissant
peuvent sortir plus vite.
Pour
(région
) les droites représentant
sont intérieures aux cônes, donc font partie des
“trajectoires” a priori possibles. Selon les conditions initiales,
des particules peuvent se déplacer vers les
décroissants,
mais semblent tendre asymptotiquement vers
et
il n'est pas évident de savoir si elles peuvent ou non “rentrer".
Au contraire pour
(région
)
de telles trajectoires apparaissent impossibles ; l'expulsion
vers
semblant inévitable, mais de façon analogue celle limite ne
peut être “atteinte” qu'asymptotiquement.
◊ remarque : dans ce dernier cas, les trajectoires peuvent partir
avec
décroissant,
mais pas assez vite pour que cela corresponde à
décroissant.
Comparaison contraction-expansion
• Ces comportements différents, obtenus pour la même forme de
métrique, ne sont pas incompatibles entre eux puisqu'ils
correspondent à des interprétations différentes du plan
; les variables de mêmes
noms ne désignent pas les mêmes quantités.
• À ce point du raisonnement, il semble que la métrique de Lemaître
ne correspond pas à une, mais à deux vitesses possibles (opposées).
Le fait que ces vitesses particulières soient déduites de la méthode
pourrait ici encore suggérer que cela corresponde à un mouvement de
l'espace physique, dans un sens ou dans l'autre. Il est alors
intéressant de revenir sur le calcul de la partie 2.1, pour savoir
si les référentiels comobiles avec les particules ayant d'autres
vitesses radiales présentent ou non une singularité.